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Infrastructures sportives – Chine , Turquie : bataille autour du béton

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De Nairobi à Dakar, une nouvelle guerre froide pacifique se joue sur les pelouses de football. Si la Chine a longtemps dominé le paysage infrastructurel africain, la Turquie s’impose désormais comme un challenger redoutable. Analyse d’un marché du sport-business qui devrait peser 20 milliards de dollars d’ici 2035.

Par Moustapha BACHIROU

Alors que les Kényans découvrent avec émerveillement les courbes futuristes du stade Talenta Sport City à Nairobi, destiné à la CAN 2027, le paysage géopolitique du continent subit une mutation profonde. Ce colosse de 60 000 places, construit par la China Road and Bridge Corporation, n’est que la partie émergée d’une stratégie d’influence monumentale. Mais derrière l’hégémonie chinoise, l’ombre du croissant turc s’allonge.

Le « Soft Power » chinois : Des dons contre des ressources

Depuis les années 2000, Pékin a financé ou rénové environ une centaine d’enceintes sportives sur le continent. Pour la Chine, le stade est un outil de « diplomatie transactionnelle ». Le schéma est rôdé : offrir un stade olympique ( comme celui d’Ebimpé comptant 60 000 places) en Côte d’Ivoire pour la Can 2023: en échange d’un accès privilégié aux matières premières ou d’un soutien diplomatique constant sur la scène internationale.Les chiffres témoignent de cette interdépendance.

En 2025, les échanges commerciaux sino-africains ont atteint 222 milliards de dollars sur les huit premiers mois de l’année. En mai 2026, Pékin a franchi une étape supplémentaire en ouvrant totalement son marché aux produits africains, consolidant sa position de premier partenaire commercial depuis 15 ans.

L’offensive turque : La vitesse au service du business

Si la Chine mise sur le volume et le long terme, la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan privilégie l’efficacité et la rentabilité. Le champion national, le groupe Summa, est devenu le visage de cette diplomatie de l’action rapide.

  • Sénégal : Le Stade Abdoulaye-Wade (50 000 places) à Diamniadio a été livré en un temps record pour un coût estimé à 155 milliards de Fcfa.
  • Cameroun : Le complexe de Japoma à Douala, financé par Eximbank Turquie à hauteur de 166 milliards de Fcfa, est l’un des plus chers du continent
  • Rwanda : La rénovation du stade Amahoro et la construction de la Kigali Arena (réalisée en 6 mois seulement) confirment le Rwanda comme le « hub régional » des intérêts turcs. L’approche turque est soutenue par une force de frappe financière croissante : en juin 2025, la SFI ( Société Financière internationale) a accordé un prêt de 50 millions d’euros à Summa pour soutenir ses chantiers africains, prévoyant la création de 2 000 emplois directs.

Sortir de l’ère des « Éléphants Blancs »

Le défi majeur de 2026 reste la rentabilité de ces investissements. Trop souvent, ces stades deviennent des  « éléphants blancs », des structures majestueuses mais impossibles à entretenir pour les budgets locaux. Pourtant, le vent tourne. La Caf a enregistré une hausse de 90 % de ses revenus liés à la Can 2025 au Maroc, portée par l’attractivité des infrastructures modernes. Le Maroc investit d’ailleurs 15 milliards USD pour la CAN 2025 et le Mondial 2030, intégrant les stades dans un vaste plan de modernisation des transports (TGV, aéroports).

Moustapha BACHIROU

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